Kenojuak Ashevak est sans doute la plus fameuse des artistes inuits. En 1960 elle a crée “Le hibou enchanté”, une gravure sur pierre en rouge, bleu et noir sur papier vergé. Cette gravure est reproduite sur un timbre-poste en 1970 pour commémorer le centenaire des Territoires du Nord-Ouest. L’image est devenue symbole de l’art canadien.
Elle est née au camp d’Ikirisaq dans un igloo le 3 octobre1927, et pendant qu’elle grandissait, elle voyageait d’un camp de chasse à l’autre sur l’Île de Baffin (Qikiqtaaluk) et dans la région de Nunavik dans le Nord québecois. Son père, Ushuakjuk, était invocateur, un homme redoutable qui a causé des disputes dans le camp. Comme sa mère, Seelaki, une femme inuite, Kenojuak pouvait faire la chasse, la pêche et elle savait aussi faire des vêtements et préparer des repas. Kenojuak avait un frère et une soeur. Tragiquement, Ushuajuk est assassiné par les autres membres du camp Ikirisaq en 1933.
Après la mort de son père, Kenojuak demeurait avec sa grand’ mère, Koweesa, qui lui a appris à faire des objets artisanaux et à faire des coutures imperméables à l’eau avec des tendons de caribou. À cette époque, Kenojuak passait le temps en courant après les oiseaux, le thème de beaucoup de ses gravures.
À l’âge de dix-neuf ans, Seelaki et Takpaugni, son beau-père, lui a fait un mariage arrangé avec Johnniebo, un chasseur inuit. D’abord, Kenojuak a lancé des pierres à son nouveau mari, mais après un certain temps, elle le considerait comme un homme doux et gentil. Elle a eu trois enfants: deux filles, Jamasie et Mary qui est mort pendant son enfance, et un fils, Qiqituk, adopté par une autre famille (usage traditionel entre les Inuit).
En 1950 la première infirmière est arrivée dans le Nord. On a trouvé que Kenojuak souffrait de la tuberculose pulmonaire et elle demeurait à Park Savard Hospital à la ville de Québec de 1952 jusqu’à 1955. Là, elle a appris à fabriquer des poupées des appliques murales en peau de phoque et des sacs ornés de découpes et brodés de perles. Après son retour, elle a commencé à tailler et à dessiner.
James et Alma Houston, administrateur fédéral et sa femme, encourageaient les Inuit de la région de Cape Dorset à créer des sculptures, des gravures et des dessins pour vendre aux autres Canadiens. Kenojuak et Johnniebo se sont déménagés à Kinngait où leurs enfants pouvaient fréquenter l’école. Ensembles ils travaillaient dans les arts jusqu’à la mort de Johnniebo en 1972.
En 1958 Kenojuak a crée “Lapin se nourrissant d'algues”, sa première gravure faite d’un dessin sur peau de phoque. Elle a commencé à dessiner au crayon sur papier si vivement qu’ elle a trouvé sa place dans un groupe artistique jusque-là exclusivement pour les hommes. En 1993 Postes Canada a choisi son dessin “Le Hibou” pour un autre timbre. Elle faisait aussi de la sculpture, et elle a réalisé avec Johnniebo des sculptures et une murale pour l'Exposition universelle d'Osaka (Japon) de 1970.
Honneurs:
*le film Kénojouak, artiste esquimau réalisé par l'Office national du film du Canada en 1962,.
*devenue membre de l' Académie royale des arts du Canada en 1974
*devenue membre de l'Ordre du Canada en 1982.
*reçu des doctorats honorifiques de l'Université Queen's (1991) et de l'Université de Toronto (1992)
*le Prix national d'excellence de 1995 décerné aux autochtones pour l'ensemble de leur œuvre
*l'auteur d'une pièce de monnaie commémorative émise en 1999
*intronisée dans la Marche de la renommée du Canada en 2001
Kenojuak ne se considère pas exclusivement artiste. Sa carrière est seulement un côté de sa vie. Selon les Inuit, on apprécie une oeuvre d’art principalement pour son utilité: un objet rituel, un vêtement, une source de revenu.
Elle ne vit pas aujourd’hui dans un igloo. Sa maison à Kinngait (Cape Dorset) a un cadre en bois, mais elle aime la vie dehors. Avec Joanassie, son troisième mari, elle voyage encore aux camps et elle va encore pêcher pendant l’été. Elle a plusieurs petits-enfants avec lesquels elle passe beaucoup de temps.